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Dans le 11ème épître (120 vers), Nicolas Boileau trace le portrait d'Antoine, son jardinier :
Voici quelques extraits de cette épître : Laborieux valet du plus commode maître Qui pour te rendre heureux ici-bas pouvait naître, Antoine, gouverneur de mon jardin d'Auteuil, Qui diriges chez moi l'if et le chèvrefeuil, Et sur mes espaliers, industrieux génie, Sais si bien exercer l'art de La Quintinie ; O ! que de mon esprit triste et mal ordonné, Ainsi que de ce champ par toi si bien orné. Ne puis-je faire ôter les ronces, les épines, Et des défauts sans nombre arracher les racines ! Mais parle : raisonnons. Quand, du matin au soir, Chez moi poussant la bêche, ou portant l'arrosoir, Tu fais d'un sable aride une terre fertile, Et rends tout mon jardin à tes lois si docile ; Que dis-tu de m'y voir rêveur, capricieux, Tantôt baissant le front, tantôt levant les yeux, De paroles dans l'air par élans envolées, Effrayer les oiseaux perchés dans mes allées ? … Que penserais-tu donc, si l'on t'allait apprendre Que ce grand chroniqueur des gestes d'Alexandre, Aujourd'hui méditant un projet tout nouveau, S'agite, se démène, et s'use le cerveau, Pour te faire à toi-même en rimes insensées Un bizarre portrait de ses folles pensées ? … Antoine, de nous deux, tu crois donc, je le vois Que le plus occupé dans ce jardin, c'est toi ? O ! que tu changerais d'avis et de langage, Si deux jours seulement, libre du jardinage, Tout à coup devenu poète et bel esprit, Tu t'allais engager à polir un écrit Qui dît, sans s'avilir, les plus petites choses ; Fît des plus secs chardons des oeillets et des roses ; Et sût même au discours de la rusticité Donner de l'élégance et de la dignité … Approche donc, et viens : qu'un paresseux t'apprenne, Antoine, ce que c'est que fatigue et que peine. L'homme ici-bas, toujours inquiet et gêné, Est, dans le repos même, au travail condamné. La fatigue l'y suit... … Mais je ne trouve point de fatigue si rude Que l'ennuyeux loisir d'un mortel sans étude, Qui, jamais ne sortant de sa stupidité, Soutient, dans les langueurs de son oisiveté, D'une lâche indolence esclave volontaire, Le pénible fardeau de n'avoir rien à faire. … Reconnais donc, Antoine, et conclus avec moi, Que la pauvreté mâle, active et vigilante, Est, parmi les travaux, moins lasse et plus contente Que la richesse oisive au sein des voluptés. Je te vais sur cela prouver deux vérités : L'une, que le travail, aux hommes nécessaire, Fait leur félicité plutôt que leur misère ; Et l'autre, qu'il n'est point de coupable en repos. C'est ce qu'il faut ici montrer en peu de mots... … Bonsoir.
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vendredi 10 avril 2009
67- Le jardinier de Nicolas Boileau.
Publié par
Le jardinier des mots
à
14:41
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4 Commentaire(s)-Ajoutez 1 commentaire ICI:
Cela me rappelle ces vers de Lamartine tirés de sa lettre à Alphonse Karr, le jardinier :
« On dit que d’écrivain tu t’es fait jardinier ;
Que ton âne au marché porte un double panier ;
Qu’en un carré de fleurs ta vie a jeté l’ancre
Et que tu vis de thym au lieu de vivre d’encre ? »
@u "fidèle Du Jardin Des Mots"
En effet ; j’ajoute ces vers de cette même lettre :
Quand l'homme se resserre à sa juste mesure,
Un coin d'ombre pour lui c'est toute la nature;
...
Un jardin qu'en cent pas l'homme peut parcourir,
Va ! c'est assez pour vivre et même pour mourir!
…et je vous renvoie à mon billet N° 24- Alphonse De Lamartine et le Jardinier.
Comme un vieux chene, le jardin de Boileau refleurit a chaque printemps malgre l'age.
Jardinage et poésie, le dilemme!
2 notions interdépendantes!
sans l'une l'autre n'existerait pas ou n'aurait aucun sens, et vice versa.
N'est-ce pas Voltaire ? Pour aspirer à un temps de poésie , il faut jardiner , et une fois qu'on sent la vie morne, on aspire à travailler.
C'est la complexité même du bonheur selon Sy Med!
Eh bien, Jardinier Prends un peu de repos afin de finir ton travail plus tôt car C'est pendant tes moments de paresse que tu te sens devenir poète, tu nous donne l'impression de te mettre en communication avec la Terre et avec le Ciel avec de si jolis mots de la langue de Molière...
un lecteur positivement paresseux,
mostafa HAJY
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