vendredi 25 septembre 2009

85- Appel aux jeunes instituteurs.


Lettre aux élèves-maîtres qui viennent de terminer leurs études dans les Centres de Formation d'Instituteurs et Institutrices.

Quoique "la voix d'hier est boussole pour aujourd'hui", en m'adressant aux jeunes instituteurs de mon pays, je ne veux point reprendre le contenu des lettres célèbres et éloquentes de Jules Fery, de François Guizot ou de Jean Jaurès.
Je ne prétends point imiter ni le fond ni la forme de leurs lettres-circulaires. Et même si je le voulais, le pourrais-je?
Ce n'est là qu'un modeste appel, du fond du coeur, lancé par un humble enseignant retraité, mis sur la touche mais qui reste néanmoins animé par l'amour du métier, le noble métier d'instituteur.


Chers jeunes instituteurs,
Vous avez quitté le centre de formation avec, sans doute, une sensation de délivrance, de liberté, mais peut-être aussi, avec une certaine nostalgie.
Vous ne verrez plus le Directeur intransigeant et les professeurs exigeants qui vous accablaient de devoirs ;
Vous ne les verrez plus ces hommes à lunettes, aux cheveux blancs, aux cartables noirs ;
leurs pas cesseront de résonner dans le vaste couloir.



Bientôt, vous vous rendrez à votre école par un sentier sinueux, humide ou poussiéreux, sous le soleil timide et fatigué des derniers jours d'été.
Le jour de la rentrée, aux premières lueurs du matin, de petites silhouettes noires, telles des fourmis, arpenteront la colline et se dirigeront vers la petite école du douar. Point de cloche, peut-être, mais les bambins seront là, assis sur les bancs glacés. Leurs yeux limpides et brillants, leur regard innocent, vous interrogeront d'un silence éloquent :
-Que nous apportez-vous comme lot de savoir?
Que vous ont appris vos vénérables formateurs aux cartables noirs?
Nous sommes venus de loin, transis de froid, pataugeant dans la boue jusqu'aux genoux,
Quel trésor cachez-vous dans vos cartables, à vous ?
L'avenir de nos jours est entre vos mains ;
De quoi sera-t-il fait, notre demain ?
Vous êtes, certes, dépaysés dans ce coin perdu mais nous n'y sommes pour rien !
Nous aspirons à être cadres, entrepreneurs ou techniciens ;
Ne faites pas de nous de vils ignorants ou de minables vauriens !


Vous lirez plus que cela sur ces petits visages ;
Et, en maîtres consciencieux et en hommes sages,
Vous consulterez votre précieux "cahier de stage"
Que, là-bas, au centre de formation, les profs à lunettes contrôlaient, page par page.
Vous reconnaîtrez, alors, que ce n'était pas un dressage,
Que le flux de polycopiés n'était pas un gavage
Et que le travail intense n'était pas du bachotage !
Vous regretterez de n'avoir pas pris davantage
Des provisions abondantes qu'offraient, en étalage,
Les cours de théorie et les classes de stage.

Bonsoir.


         
Mohammed Marouazi                



ICI
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10 Commentaire(s)-Ajoutez 1 commentaire ICI:

Anonyme a dit…

J'ai quitté le CFI il y a plus de cinq ans et ma première journée de fonction s'est déroulée comme vous l'avez décrit, comme si vous étiez avec moi. Merci pour les conseils.

Anonyme a dit…

Des paroles qui viennent du fond du coeur.

Un enseignant a dit…

Nous avons besoin d'hommes sages et déterminés , comme Le Jardinier des Mots, qui se mobilisent pour sauver l'école.

hmida a dit…

Tu n'es pas sur la touche, bien au contraire! Tu continues à servir d'exemple et de guide par ce blog, par exemple et par d'autres actions que tu nous caches!

Un professeur a dit…

Ces paroles sont celles de l'homme que je connais, monsieur Marouazi, le modèle parfait de l'abnégation et du dévouement pour l'enseignement.

Un ancien élève-maître du CFI d'El Jadida. a dit…

Salut cher professeur!
Vous n'avez pas changé, toujours l'apôtre de la conscience professionnelle.
Allah ytawel 3omrec.

Un parent d'élève a dit…

Quand un jeune instituteur, lassé par la dureté du travail en milieu rural, décide de s'absenter, qu'il relise cet article: il reviendra sûrement sur sa décision.

La_Miss a dit…

"Vous êtes, certes, dépaysés dans ce coin perdu mais nous n'y sommes pour rien !" --> c'est la phrase qui m'a touché le plus, elle m'a poussé a réfléchir, n'y sont-ils vraiment pour rien ?! alors qui l'est ?! Ce n'est juste ni pour eux ni pour nous au fait, je suppose que ca reste une question de conscience !

Joli poème cher instituteur !

politis a dit…

je visite souvent cet espace et je lis les billets avec admiration et respect!

Cette fois, je laisse un commentaire parce que le contenu de ce billet peut très bien être extrapolée et dirigée à toute la jeunesse de notre billet.

Cela aurait fait une excellente lettre aux jeunes comme celle que j'ai appelé de mes vœux dans un de mes billets

http://politis.blogs.ma/index.php?2009/08/13/73-pourquoi-pas-une-lettre-a-la-jeunesse

Anonyme a dit…

Tel LAROUSSE ,

le jardinier sème à tout vent ! Un encyclopédiste ou un intermittent ?
Un dépositaire de la conscience professionnelle ou un agitateur intellectuel?
il n'y a point de réponse totale, il n'y a que de l'intelligence humaine à répandre à qui en éprouve le besoin,

Hajy mostafa