L'école que j'ai connuE

Je ne veux, dans ce modeste billet, ni idéaliser ni faire l'anthologie de l'école d'autrefois dont parlent tant d'auteurs depuis Anatole France jusqu'à Daniele Bélogey et Michel Jeury en passant par Marcel Pagnol.
Je veux simplement parler de l'école que j'ai connuE, l'école primaire marocaine des années 50 et 60.
Je me contente, à dessein, de citer quelques expressions et mots jalons qui remueront des souvenirs et diront long sur ce temps où être élève était un bonheur et être maître était un honneur; ce temps où l'école était un ascenseur social ; ce temps où la conscience professionnelle était, pour le maître, le seul cahier de charge.
Je cite, en vrac:
cloche en cuivre avec sa chaîne, l'estrade en bois, les pupitres inclinés, les tableaux muraux, les "fitchas" de la cantine, la craie Robert, l'encre violette, l'encrier en faïence blanche, le plumier en bois aux deux étages pivotants, la plume sergent-major, le buvard, la leçon d'écriture avec ses pleins et ses déliés, les cahiers double ligne, les livres: "Tous à l'école", "Bonjour Ali, bonjour Fatima", "Mon ami le livre", "Nos lectures" "Bien lire et comprendre"… La pommade ophtalmique à la chlorotétracycline 1%, les compositions mensuelles, le calcul mental, les intervalles, les fausses suppositions, le conditionnel passé 1ère et 2ème forme, la dictée de Mérimée, l'analyse logique…
D'aucuns rétorqueront que le temps a changé et que ce ne sont là que des vocables vieillots émanant d'un homme débordant de nostalgie qui, ne pouvant plus comprendre le présent , s'agrippe aux bretelles du passé.
A ceux-là, je réponds:
-Vous n'avez pas tort sans avoir pour autant raison. Le temps a, certes, changé. Je n'ai rien, ni contre la calculatrice à l'école ni contre le stylo optique. Que la plume et l'encre disparaissent, que les programmes et les méthodes changent, ce n'est pas cela qui me dérange. Pour parler de l'école que j'ai connuE, j'ai choisi ces mots, pour dire à demi-mot, ma pensée sur le fond en chatoyant la forme.
Le temps a, certes, changé.
Au temps de l'école que j'ai connuE, un élève du Cours Moyen fondait en pleurs pour avoir oublié, dans une dictée, de faire l'accord du participe passé avec le complément passé avant…
Le temps a changé mais pas l'accord. Etes-vous d'accord?
Bonsoir.
20 Commentaire(s)-Ajoutez 1 commentaire ICI:
Bel article emprunt de nostalgie mais très constructif. Il évoque le passé de l'école pour améliorer son présent.
Personne n'est contre la rénovation de l'enseignent qui doit suivre le rythme du progrès. Mais rien n'empêche non plus de garder du passé tout ce qu'il y avait d'efficace. Améliorer, ce n'est pas seulement changer, c'est rendre meilleur;
"ce temps où être élève était un bonheur et être maître était un honneur; ce temps où l'école était un ascenseur social ; ce temps où la conscience professionnelle était, pour le maître, le seul cahier de charge."
Citation que je vais apprendre par coeur.
Bravo Jardinier des Mots.
Message très suptile. En plus, vous métrisez l'art d'écrire.
Hélas!
Une tranche de vie s'est évaporée. fini les fichas, le biscuit salé, les petits pois cassés de la cantine de Bâ Regragui .. Mais fini aussi les méthodes du bâton de Mme Règle, Mme Tiroir, Sy Boujemâa,...
Puis
Hello l'évolution des temps. La nouvelle école défiant la société incapable de suivre le rythme, les jeunes s'opposant aux idées conformistes des enseignants ...
Entre les deux rives, à l'écoute des uns et des autres, le jardinier cultive inlassablement son jardin pour offrir à l'école des mots en fleurs, rêve des jeunes, consolation des séniors!
Mostafa HAJY
Très bon article. Vous, ancien cadre chevronné, vous êtes à même de signaler clairement la baisse du niveau de l'enseignement (un peu partout dans le monde, d'ailleurs), pourquoi le dire "à demi-mot"?
@ Anonyme5:
Il y a plusieurs façons d'énoncer un fait, de dresser un constat. Toutes se valent; toutes se complètent.
Je pense, à mon humble avis, qu'il est plus pertinent d'adopter une forme "artistique" pour cadrer un fait. Il n'y a pas que le gros plan qui soit perceptible.
A quelques détails près, nous avons été à la même école!
Dans la mienne, il n'y avait pas de cantine!
Nous étudions sur "Le livre unique de français".
Mais je crois avoir eu le même plaisir, parfois dur, que toi à me colleter avec les formes du conditionnel !
Je me souviens avec délectation des analyses logiques, de ces phrases "à double embrayage", avec des subordonnées qui n'en finissaient plus!
Et ces escarmouches avec l'orthographe! Ces batailles avec les baignoires qui se vidaient et se remplissaient comme les tonneaux des Danaïdes!
Et te souviens-tu de ces "leçons de choses" qui sont devenues "sciences naturelles" avant de se transformer en "sciences de la terre et de la vie" pour ne plus rien signifier?
Oui, mon ami le jardinier des mots,où sont donc ces plumes sergent Major, ces estrades en bois, ces encriers en faïence blancs?
Où sont donc ces instituteurs qui ont fait fait de nous ce que nous sommes maintenant!
Où sont donc ces compositions mensuelles qui marquaient nos progrès, qui nous prévenaient de nos faiblesses?
Merci pour ce voyage dans un passé qui ne reviendra plus!
L'instituteur est un jardinier qui seme les graines du savoir et de la lumiere dans les cerveaux fertiles de nos jeunes pour eclairer leurs pas sur le chemin de l'avenir.
maribi
L’école habite un coin de notre esprit, avec les bons et mauvais souvenirs de l’enfance.
Les trésors retrouvés dans les brocantes ou autres marchés aux puces font redécouvrir un temps passé bien présent dans la mémoire des parents et grands-parents.
Notre jardinier a sûrement en tête l'idée d'un prochain billet où il proposera pour les plus audacieux un devoir d'époque, d'un niveau certificat d'étude. Nous aurons à le rédiger et à en attendre la correction ; ainsi aurons-nous droit à un bon point ou au bonnet d’âne !
A courrier 7
Oui pour un musée d'instruments d'école à l'ancienne...
oui pour des devoirs à l'ancienne (des dictées enregistrées par notre Pivot de jardinier); question de mettre un peu de Dictée Academy dans le blog ... c'est palpitant
Ou tout simplement des photos d'objets d'antan ...
A creuser .
mostafa HAJY
mostafa HAJY
Je viens de prendre connaissance de ce blog, oh! combien réjouissant par le plaisir des mots et du merveilleux assemblage qu'en fait leur auteur.
C'est grâce à un de mes anciens élèves du lycée Abbou Chouaïb Addoukali d'El jadida que j'ai ce plaisir ce soir.
J'y étais professeur de français de 1972 à 1975 et j'ai essayé de faire passer à ces grands adolescents mon amour du verbe, de la lecture, de l'expression dans ce français pas toujours facile même pour moi.
Alors quand je lis ce bel article sur l'école que j'ai connuE, je me réjouis.
Je me dis que, quelqu'un comme moi, passant par El Jadida où ailleurs dans votre beau pays du Maroc, aura semé ses petites graines de langue française et celles-ci, doucement, patienmment arrosées, auront fleuri au bout d'une plume comme la votre.
A part cela , mon école dans les montagnes des Hautes Alpes n'a pas été très différente.
Mis à part les livres de lecture et la cantine (je transportais ma gamelle en fer blanc que je faisais réchauffer sur le poêle de la classe) mes souvenirs sont les mêmes.
Maintenant, il ne se passe pas un jour sans que je finisse, tout haut, "l'accord du participe passé avec le complément placé avant", d'un journaliste à la radio ou à la télévision. Et cela me désespère!!!!!!!!
Alors merci à vous, Jardinier de Mots, pour ce beau moment.
Puis-je émettre un souhait?
Ceux qui répondent sous "anonyme" s'il vous plaît signez votre commentaire!! merci .
Elisabeth Pellicot
Dictée : Au restaurant
Au restaurant. Devant le fourneau de cuisine dont les poignées de cuivre étincelaient, officiait le chef, toque blanche en tête. Une fille de cuisine en tablier bleu coupait en dés minces et réguliers les pommes de terre qu'une aide épluchait avec une étonnante vélocité. Le plongeur aux bras nus, un mouchoir autour du cou, lavait à grand bruit la vaisselle dans une mer de vapeur surchauffée... Et par la porte qui sans cesse battait, on avait par instants la vision de la salle à manger où les clients dînaient par petites tables.
Questions de dictée : Analysez* les mots en italique de la dictée
*Analyse : nature et fonction du mot
(Source : Nouveau Livre Unique de Français Classiques Hachette 1959)
Leçon de morale ...
A l'école primaire au début des années soixante, la journée commençait par la recopie en belle écriture sur le cahier du jour de la leçon de morale :
" Bien mal acquis ne profite jamais."
" Plus fait douceur que violence. "
" L'homme ignorant gagne difficilement sa vie. "
" L'oisiveté est mère de tous les vices. "
" Personne ne croit plus le menteur, même quand il dit la vérité. "
" Afin de devenir un homme honnête et un bon citoyen, observe les conseils de la morale. "
Joyeux Anniversaire (1949-2009)
Elle a 60 ans cette dictée de CM2 et pas une ride dira-t-on.
Pour nos chers têtes brunes, il est sûr que le nombre de difficultés sera inversement proportionnel au nombre de phrases (il n'y en a que 3)...
"Le vent -
La tempête s’était levée et faisait trembler les parois de la maison comme les vitres d’une fenêtre tremblent sous des rafales. Sur la maison, l’étable et la grange, le vent s’abattait et tourbillonnait quelques secondes, violent, mauvais, avec des bourrasques brusques qui tentaient de soulever la toiture ou bien frappaient les murs comme des coups de bélier, avant de repartir vers la forêt dans une ruée de dépit. La maison de bois frissonnait du sol à la cheminée et semblait osciller sur sa base, si bien que ses habitants, entendant les mugissements et les clameurs aiguës du vent, souffraient en vérité de presque toute l’horreur de la tempête."
D’après Louis Hémon.( le texte fut donné à l’épreuve du certificat d’études, à Brou (Eure et Loir) en 1949 )
mostafa HAJY
1300 problèmes.
Livret auquel j'étais très attaché au CM2 !
Voir photo
Problème d'arithmétique
Une ménagère a acheté 2 poulets pesant ensemble 3kg400. Elle en cède un à sa voisine. N'ayant pas suffisamment de poids pour le peser, elle place chacun des poulets dans le plateau d'une balance et constate qu'il lui faut mettre un poids de 500g à côté du poulet qu'elle cède pour rétablir l'équilibre.
Calculez le poids de chacun des poulets.
Sachant que la ménagère a payé les 2 poulets 1972f., combien doit lui verser la voisine ?
(Source : Cours d'arithmétique Ch.Pugibet 1953)
Ce sont des anciens francs(100 anciens francs = 1 nouveau franc)
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merci pour ce magnifique voyage dans le temps.s.v.p si vous pouvez nous citer les méthodes qui ont remplacé la méthode Tranchard par la suite.
@ ANONYME 9:
(De grace! Participez avec votre nom afin que la communication soit plus facile)
Je vais essayer d'évoquer quelques méthodes et qu'on me complète si j'en oublie:
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L'inspecteur primaire H. Tranchart, " concepteur de la réforme de l'enseignement du français " de juin 1960 (érigée en " méthode" qui a pris son nom), n'avait supervisé que la réalisation des manuels de lecture "Bien lire et comprendre". L'oral, l'enseignement du " langage", était confié à l'inspecteur adjoint M. levert.
Au départ de Tranchart, la première fournée d'élèves de cette méthode atteignait le C.M.2. Aucun manuel de langage n'était élaboré et les maîtres de ce niveau, livrés à eux-mêmes, pataugeaient.
*On songea d'abord à consacrer deux séances distinctes à cet enseignement :
-la leçon de langage à partir de l'étude d'un petit texte-support,
-la leçon de lecture-langage à partir du texte de lecture étudié.
*La première forme citée (à partir d'un texte-support) portait essentiellement sur l'exploration thématique donc axée sur le " vocabulaire ".
Plus tard, l'inspecteur primaire M. Pédoja proposa son livret de lecture suivie " Le Bateau d'Adrien " comme support de la fameuse leçon de "langage sur thème" (similaire à la lecture-langage d'avant.)
Cette errance alla durer plusieurs années au cours desquelles bourgeonnaient une multitude de "méthodes" de l'enseignement de français, les unes introduites par les bureaux pédagogiques dépendant de l'ambassade de France au Maroc comme "Les amis de Frère Jacques" (au CE2 et au CM1) et "Jawad et Leila" au CM2. Ces "méthodes" étaient surtout appliquées dans les grandes villes. D'autres "méthodes" avaient été réalisées par des groupes d'inspecteurs marocains (Belaidi, Tazi, Kamal..), telles " Le français vivant " largement utilisées à Casablanca et la "méthode" qui prône l'enseignement du français dans le contexte marocain, méthode dite "belhaj" au nom de son fervent défenseur M.Belhaj, inspecteur primaire à Marrakech.
C'étaient d'ailleurs essentiellement les inspecteurs cités (auxquels se sont ajoutés quelques formateurs du Centre national de formation d'inspecteurs primaires, comme Mme Audoule) qui furent chargés de l'élaboration de la méthode nationale unifiée: "A grands pas" qui persista jusqu"en 1990 pour se voir remplacée par " l'ensemble pédagogique pour l'enseignement du français" qui s'est maintenu jusqu'en 2000.
A partir de cette date, le ministère libère la production des manuels scolaires qui doivent répondre aux exigences des cahiers de charge établis pour chaque niveau. Les méthodes élaborées sont axées sur "l'approche communicative" et "la pédagogie des compétences".
je cherchais sur le net des images sur l'école d'antan, et je suis tombé sur votre article plein de sens et d'émotions, je vous en félicite;
Le 14 de ce moi je donnerai une conférence à des parents d'écoles sur le thème "on voudrait bien l'école des parents et des grands parents à casablanca je me ferais un plaisir que vous soyez l'un des participants;
voici mon adresse:
netaf1@gmail.com
Merci: Dr.SQORAICHE
@ Said
Bonjour
Suite à votre commentaire dans lequel vous m'invitez à participer à la conférence que vous projetez faire à l'intention des parents d'élèves, je vous informe que je me trouve, en raison de mes obligations, dans l'impossibilité d'honorer votre aimable invitation. Je vous remercie et je loue les efforts que vous semblez entreprendre pour le bon renom de l'école marocaine. Cordialement.
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