![]() ![]() Sur le chemin de l'école, un bambin de six ans, les yeux bouffis, le visage pâle et les cheveux ébouriffés, traînait péniblement ses pieds engourdis par la frayeur. Il portait un petit sac de toile, un semblant de cartable où un cahier vierge et un crayon non taillé coudoyaient un croûton de pain rassis. Au fond de la rue, apparut un grand portail au dessus duquel un écriteau en arc portait l'inscription "Ecole franco-musulmane". Le garçon ne savait pas lire mais devinait que cela veut dire "école", ce mot qui le fascinait, ce lieu qui l'effrayait. Une fois dans la cour, il fut étourdi par le vacarme et ébloui par l'agitation. Le tintement de la cloche mit fin à son rôle de compas errant. Une main douce le prit par l'épaule, le conduisit dans une salle et le fit asseoir sur un banc devant un pupitre incliné. Un silence de mort planait sur la classe, ce qui accentua la torpeur du nouvel élève. Il sua abondamment et son cœur battait à tout rompre.Il s'évanouit et quand il reprit connaissance, il vit, comme à travers un brouillard, le visage flou de la maîtresse qui gesticulait en prononçant des phrases incompréhensibles avant de commencer les interrogations individuelles. Quand le tour de notre bambin arriva, il se mit debout, les bras croisés, ravala un début de sanglot et ne dit rien. La maîtresse s'approcha de lui en souriant, lui tapota doucement la joue et lui dit: - Répète: "une clé". - "ine cli", dit l'enfant,d'une voix étranglée. La maîtresse recula; elle ne corrigea pas cette fois, laissant d'abord s'instaurer, chez le petit, un climat de confiance et de sécurité. Le garçon eut un frisson de soulagement pour avoir passé l'épreuve des interrogations à feu roulant. Ce garçon venait d'entamer son savoir, son savoir-devenir, le modeste savoir du vieil enseignant que je suis. Bonsoir.
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mercredi 14 octobre 2009
87- Ainsi fut l'aube d'un crépuscule.
Publié par
Le jardinier des mots
à
11:19
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11 Commentaire(s)-Ajoutez 1 commentaire ICI:
Oh! Que c'est bien dit! Vive le verbe quand il sait décrire les sensations qui sommeillent dans chacun de nous et qu'il ne nous est pas toujours facile d'extérioriser et d'exprimer si bellement!
Jardinier Des Mots, vous écrivez dans un français agréable, simple mais combien raffiné et élégant qui fait honneur à la littérature maghrébine. Pourquoi vous ne vous lancez pas dans un projet d'écriture plus ambitieux? Je ne vous lance pas des fleurs;vous en avez l'étoffe. En tout cas, continuez à nous régaler Merci.
Admirons le tact pédagogique et la conscience professionnelle de cette maîtresse: le bon accueil, les interventions douces et adroites, le report de la correction immédiate et LE COMMENCEMENT DU TRAVAIL DES LE PREMIER JOUR DE CLASSE.
Je viens vivre une séquence "filmée" tellement la description est précise. Je n'ai pas connu l'école du temps du protectorat mais je viens de m'apercevoir que les angoisses du premier jour de classe sont sensiblement les mêmes quel que soit le moment.
"Ainsi fut l'aube d'un crépuscule"
Cette formule, d'ailleurs bien illustrée par l'mage, est digne d'un titre de film.
This is just splendid! I agree completely with "Un Maghrebin". Your writng is so beautiful, your descriptions are so real and reading your stories is so enjoyable. If you haven't yet considered writing novels you should start now! No doubt about it, you will have a lot of fans who would be thrilled to read your books.
Congatulations on your talent and on your fantastic creativity. You make Le Maghreb proud.
Signed:
A fan from London
Bénie soit la main qui s'était posée sur l'épaule de cet élève pour le conduire en classe!
Le cartable de l'élève du CP d'aujourd'hui est plus lourd que lui. Que de cahiers! Que de livres! Que de devoirs du soir! Point de répit pour ces enfants. Rendons l'enfance aux enfants!
MODESTIE ATTITUDE : Tel prof, tel maître.
"Ce garçon venait d'entamer son savoir,
son savoir-devenir, le modeste savoir
du vieil enseignant que je suis."
C'est tout le SAVOIR ETRE du jardinier qui est au balcon en train de se voir
passer dans la rue!
Le professeur qu'il fut est une reconnaissance à la pertinence pédagogique du maître qui l'a formé...
Mostafa HAJY
@ Mostafa:
Merci pour ce commentaire chaleureux.
L’ECOLE D’AUTREFOIS, C’ETAIT BIEN
*Article posté dans un forum le Lun Sep 14, 2009 par Mouffok d'Algérie
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