mardi 24 novembre 2009

91- Dac Essardi moul lgroun.



           Quand l'Aid approche, la fièvre du mouton s'empare des enfants avant que l'obsession du "hawli" ne gagne toute la famille. Les petites gens sont pris entre l'étau de la forte pression sociale et la modicité du salaire. Allah icoun fi 3aounhoum!
           A la "rahba", Moussa, accompagné de sa femme Fatna et de ses quatre enfants, se faufile lestement entre les "chennakas" aux yeux de loup. Voyant une Hajja soupeser un bélier made in Chaouia, un sardi aux cornes enroulées, Fatna se retourne vers son mari et lui dit:
-Tbarkellah! Hada houa lhawli! Moussa, 3afac! Demande le prix!
- Dac sardi moul lagroun? Bazz! Zidi zidi, lui répond Moussa, l'écume aux lèvres.

           La famille fait plusieurs fois le tour de souk et rentre bredouille à la maison.

           Le lendemain soir, Moussa retourne, seul, à la "rahba". Il accoste un vieux paysan qui n'a plus qu'un petit mouton ébouriffé. Il use de toutes ses subtilités pour faire fléchir le vendeur que la fatigue rend exorable. Ce dernier concède facilement un prix au rabais.
           Pour échapper au regard moqueur des voisins, Moussa ne quitte pas immédiatement le souk; il attend qu'il fasse nuit.
          Et quand le crépuscule enveloppe la ville, Moussa met l'agneau autour de son cou et enfourche sa moto. Il se glisse furtivement dans les ruelles ténébreuses lorsqu’un "bergag", un de ces quidams auxquels rien n'échappe, le hèle :
- Wa Moussa! Wa mbarek lcache coule!

Bonsoir.


         
Mohammed Marouazi                



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lundi 16 novembre 2009

90- Scène scolaire traumatisante: quand la studiosité devient un délit.



          Le petit Ali changea d’école à la mi-février . C’était au temps où, à l’école primaire, les fameuses compositions étaient mensuelles. Il entra tout penaud au CE2 de l’école franco-marocaine du centre ville. Le jour même, le maître annonça le calendrier des compositions. Il fallait donc réviser toutes leçons étudiées depuis le début du mois, y compris celles auxquelles le petit Ali n'avait assisté.Il fut alors désorienté ; le contenu de son ancien cahier de résumés ne lui fut d’aucun secours.
« Pour le calcul, la dictée et l’écriture, je me débrouillerai, se dit-il, mais que faire pour les récitations ?

           Les compositions passèrent tant bien que mal. Le dernier jour du mois, comme à l’accoutumée, le maître donna le résultat :
-Premier Larbi, comme toujours, dit le maître d’une voix grave…
          Larbi était un grand gaillard, brun, aux cheveux crépus. C’était le leader de la classe.
           Ali fut classé neuvième, un classement très honorable pour un nouveau venu qui s’intégra facilement dans sa nouvelle classe. Malingre et chétif, il etait taciturne et effacé; il travaillait sans se faire remarquer et sans fournir d’efforts excessifs.
           Les épreuves de la composition de mars ne lui posèrent aucun problème. A la veille des vacances de Pâques, et juste avant la récréation, l’instituteur afficha, cette fois, le classement du mois avant d'en donner la lecture solennelle :
-Premier : Ali, c’est inattendu ; le nouveau a donc destitué Larbi, bravo ! dit le maître d'une voix grave mais teinté de surprise.
          Ali fut abasourdi par les propos du maître dont il ne comprit que quelques mots. Une joie mêlée de crainte s’empara de lui .

           Dans la cour de récréation, on chuchotait ; on ne parlait que de ce coup d’état. Larbi, plongé dans la fébrilité, s’isola un moment puis, comme pris de folie, rua sur Ali, l’écrasa contre un arbre, le roua de coups et lui dit d’un ton menaçant :
-« Ecoute, la prochaine fois, si tu te classes premier, je te tuerai, tu as compris? ».
Tout tremblant, Ali resta muet et fit oui de la tête.
           Cette scène traumatisante imprima des souvenirs indélébiles que le petit Ali refoula au fond de lui-même.
          L’échec scolaire peut avoir bien des causes qu’on ne soupçonne guère.

Bonsoir.


         
Mohammed Marouazi                



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vendredi 6 novembre 2009

89- Scène scolaire: le retardataire.




          Il est des scènes scolaires qui se répètent éternellement et où les émotions intenses et aiguës sont identiques en tout temps et en tout lieu.
          Je vous rapporte, dans ce billet, une scène classique qu'aucun de nous ne peut nier de l'avoir vécue. Elle se produit encore dans le théâtre de l'école actuelle mais avec, sans doute, moins de rigueur.

-Nod, asga3, il est presque huit heures, dit violemment la mère à son fils.
          Moussa se lève abasourdi ; il s’empare de son sac et quitte la maison sans même faire sa toilette ni prendre son petit déjeuner. Comment songer à ces futilités devant la gravité de la situation?
Il court, se retourne parfois et quand il s’aperçoit que la rue est déserte, il redouble d’efforts.

          Arrivé au coin de la rue, il voit que le portail de l’école est encore entrouvert :
-Lhamdoullah! Pourvu que le directeur ne soit pas dans la cour, se dit-il.
          Il rentre essoufflé à l’école, se glisse le long du préau et emprunte les escaliers cachés qui donnent sur les toilettes. Il s’arrête devant la porte de la classe, fait semblant de frapper puis s’installe lestement à sa place.
          Noyé dans la sueur, il attend un moment la réaction du maître. Une fois rassuré, il se repose; il récupère; il ne suit pas. Le maître explique gesticule, écrit, efface… et quand il termine la leçon, il jette un regard menaçant sur le retardataire, sans rien dire, puis écrit, au tableau, l’énoncé du problème.
-Prenez vos cahiers, écrivez «solution», «opérations». Vous avez dix minutes...
          Moussa, le front encore ruisselant et les mains moites, exécute l’ordre magistral puis lit et relit l’énoncé. Il n’a rien compris, il n’a rien écrit. Il se met à trembloter.
          Le maître, les mains derrière le dos, circule entre les rangées en contrôlant le travail des élèves. Il s’approche dangereusement de Moussa.
Je vous laisse deviner la fin.

Bonsoir.


         
Mohammed Marouazi                



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samedi 24 octobre 2009

88- Promenade dans un vieux cahier d'écolier.



          En fouillant dans un réduit à la cave, j'ai trouvé, parmi une myriade de paperasse, un vieux cahier d'écolier du Cours Elementaire, datant de plus de 57 ans. J'ai eu un plaisir immense à feuilleter ce trésor et je n'ai pas pu résister à partager avec vous ce bonheur. Je vous propose alors une promenade vagabonde dans les pages jaunies de ce vieux document.

          Pour le plaisir des yeux, je vous invite à feuilleter cet album qui contient des extraits commentés de ce vieux cahier.
Il suffit donc de cliquer sur le coin de cet album, une fois ouvert, pour faire tourner les pages.

          Bonne promenade et n'oubliez pas de retourner au blog pour laisser un commentaire. Merci!


CLIQUEZ

Bonsoir.


         
Mohammed Marouazi                



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mercredi 14 octobre 2009

87- Ainsi fut l'aube d'un crépuscule.


         Premier octobre.
         Sur le chemin de l'école, un bambin de six ans, les yeux bouffis, le visage pâle et les cheveux ébouriffés, traînait péniblement ses pieds engourdis par la frayeur. Il portait un petit sac de toile, un semblant de cartable où un cahier vierge et un crayon non taillé coudoyaient un croûton de pain rassis.

         Au fond de la rue, apparut un grand portail au dessus duquel un écriteau en arc portait l'inscription "Ecole franco-musulmane". Le garçon ne savait pas lire mais devinait que cela veut dire "école", ce mot qui le fascinait, ce lieu qui l'effrayait.

         Une fois dans la cour, il fut étourdi par le vacarme et ébloui par l'agitation. Le tintement de la cloche mit fin à son rôle de compas errant. Une main douce le prit par l'épaule, le conduisit dans une salle et le fit asseoir sur un banc devant un pupitre incliné.

         Un silence de mort planait sur la classe, ce qui accentua la torpeur du nouvel élève. Il sua abondamment et son cœur battait à tout rompre.Il s'évanouit et quand il reprit connaissance, il vit, comme à travers un brouillard, le visage flou de la maîtresse qui gesticulait en prononçant des phrases incompréhensibles avant de commencer les interrogations individuelles.
         Quand le tour de notre bambin arriva, il se mit debout, les bras croisés, ravala un début de sanglot et ne dit rien. La maîtresse s'approcha de lui en souriant, lui tapota doucement la joue et lui dit:
- Répète: "une clé".
- "ine cli", dit l'enfant,d'une voix étranglée.
La maîtresse recula; elle ne corrigea pas cette fois, laissant d'abord s'instaurer, chez le petit, un climat de confiance et de sécurité. Le garçon eut un frisson de soulagement pour avoir passé l'épreuve des interrogations à feu roulant.

         Ce garçon venait d'entamer son savoir, son savoir-devenir, le modeste savoir du vieil enseignant que je suis.

Bonsoir.


         
Mohammed Marouazi                



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